Mise au point: Comme les autres

« Toi, tu es différente.. tu n’es pas comme les autres filles »
« Ecoute, moi, je ne suis pas comme les autres filles »
Les « autres filles » :  Il ne faut jamais être comme les autres filles.. Pourtant, la société exige un idéal unique aux femmes, être une femme acceptée par la société c’est avoir un comportement assez précis, des ambitions bien définies, ça arrangerait le patriarcat si les femmes étaient toutes à l’image de ce prototype. Ainsi, on comprend que ce n’est pas la ressemblance, indépendamment du comportement, qui dérange, mais c’est plutôt le point commun entre les femmes de ne pas être à l’image de ce prototype exigeant. Quand on adresse à une fille ce ‘compliment’ d’être « différente des autres filles », on cherche à encourager des attributs qui sont à la base, glorifiés par le patriarcat pour l’image féminine la plus « respectée » c'est-à-dire, associée au mariage et à la maternité dans le sens « cliché » le plus traditionnel : la chasteté, l’obéissance, la simplicité des ambitions. Ce sont là les vertus applaudis, tous les autres compliments adressés à la femme suite à cette affirmation qu’elle n’est pas comme les autres filles me semblent une conséquence de celle-ci. Le terme « autres filles » en soi porte, toutes sortes de clichés péjoratifs associés à des modèles de femmes, socialement construits. Quand on n’est pas dans la déconstruction, on imagine en entendant cette expression : des « bimbos », des « putes », et autres termes féminins qui réduisent les femmes à un comportement singulier : « trop maquillée » ou « une vie sexuelle épanouie » …  , comme si ces comportements étaient naturellement condamnables en soi. On arrive même à penser que beaucoup des « autres filles » qu’on trouve intelligentes et envers lesquelles on éprouve une sorte d’admiration, qu’elles prétendent l’être, être « pas comme les autres » et qu’ il se pourrait qu’elles soient dans le même lot que « les autres ».   Parfois, on dit la même chose aux hommes, pour dire généralement qu’ils sont fidèles, compréhensifs ou sensibles, mais la différence est que dans ce cas, on encourage quelque chose qui est contraire au prototype proposé à l’homme par le patriarcat. Le patriarcat glorifie la « virilité » et avance qu’un homme est naturellement polygame, qu’il est raisonnable certes mais que la femme ne l’est pas et donc essayer d’être compréhensif à son égard est une perte de temps. L’homme « pas comme les autres »  est encouragé pour être différent de ce que la société lui veut comme prototype. La femme « pas comme les autres » est encouragée pour être similaire à ce que la société lui veut comme prototype. L’expression insinuant l’originalité salue une réelle originalité de l’homme par rapport au concept de masculinité proposé. L’expression insinuant l’originalité salue une conformité de la femme par rapport au concept de féminité proposé.
Je dirais même que le patriarcat trouvera un équivalent au sein de la communauté féministe. Un cliché de « LA FEMINISTE = anti-hommes, seule, dépressive et autres assignations subjectives parfois amusantes sans aucun rapport avec la définition même de la cause » , j’ai vu beaucoup de femmes aux convictions féministes aller même jusqu’à rejeter le mot par crainte d’être « une féministe comme les autres » .. On inventera des reproches et on généralisera pour une féministe mais on applaudira plus facilement un homme se revendiquant féministe.
Ceci-dit, je suis une femme comme les autres et je suis une féministe comme les autres.
« Autres » n’a jamais été un paquet homogène, on pourrait classer le monde entier dans toute sa diversité dans « Autres ».

Je suis parmi et comme les autres, c'est-à-dire parmi et avec la totalité.


Image: Sanaa K

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